"En six mois à Hanoi, j'ai observé de mes propres yeux le pays considéré comme un +miracle économique depuis 25 ans+. Le contrôle réussi du Vietnam de la crise du COVID-19 m'a donné l'occasion de voir ce pays le plus clairement possible”, a-t-il souligné.

Un peu de chance combinée à une politique efficace a aidé l'économie vietnamienne à réussir et il est prévu que le Vietnam continuera d'être l'un des pays à la croissance la plus rapide au monde cette année.

Une économie résiliente

Depuis fin avril, le gouvernement vietnamien a assoupli la réglementation sur la distanciation sociale, permettant la réouverture des écoles et des activités commerciales. La vie est revenue à la normale, cela se reflète dans le récent indice de déplacement de Google avec une augmentation de 13% depuis la mi-avril jusqu'à la deuxième semaine de mai.

Le PIB du Vietnam affiche toujours une croissance impressionnante. Photo: Medium

L’optimisme de nombreux Vietnamiens montre en partie pourquoi la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) prévoient un rebond de l'économie vietnamienne au second semestre 2020. "Veuillez vous rappeler que cette économie est blessée mais n'est pas tombée", a souligné Jacques Morriset.

Le PIB du Vietnam affiche toujours une croissance impressionnante de 3,8% au premier trimestre avec un développement économique dynamique. Le chiffre d'affaires à l'exportation au cours des 4 premiers mois a augmenté de 5% tandis que les investisseurs étrangers ont continué à verser des capitaux au Vietnam - plus de 12 milliards enregistrés entre janvier et avril.

Le secteur domestique a été affecté principalement par trois semaines d'isolement social mais a commencé à montrer des signes de reprise. Un indicateur qui confirme cette tendance est que la consommation d'électricité en avril n'a baissé que de 4% par rapport à la même période l'an dernier, bien en deçà des 20 à 30% de baisse en Chine et dans les pays européens lors de la période de confinement.

Certaines entreprises et travailleurs ont été durement touchés, en particulier dans les secteurs du tourisme et du transport de passagers, mais en général, l'économie vietnamienne présente  une résistance impressionnante en cette période difficile.

De bonnes mesures… et de la chance

La résilience de l'économie vietnamienne ne peut nier le facteur chance. Si l'épicentre de la pandémie de COVID-19 avait été Shenzhen au lieu de Wuhan, la chaîne de valeur de l'importante industrie électronique du Vietnam aurait été rompue. De même, le Vietnam aurait été touché s'il avait été un grand exportateur de fibres textiles ou de pétrole   dans le contexte de forte baisse des prix de ces articles ces dernières semaines.

Heureusement, l'une des principales exportations du Vietnam, le riz, a connu une croissance de 20% sur le marché mondial depuis fin février.

Cependant, il faut reconnaître que le Vietnam a agi intelligemment, a estimé Jacques Morriset. Comme de nombreux autres pays, le gouvernement vietnamien a mis en œuvre des mesures de politique monétaire et financière pour soutenir les habitants et entreprises impactés.

L'efficacité de ces mesures montre une combinaison de prévoyance et de praticité avec trois exemples concrets:  

Premièrement, la gestion budgétaire. Face à la crise, le gouvernement a réservé d'importants flux de trésorerie en mettant en œuvre une politique de gestion financière prudente. Le pays a pu donc faire face à l'épidémie  en étant  prêt.

Outre l'application de la réglementation fiscale, le Vietnam a réservé également 5% du budget prévisionnel de 2020 pour un fonds de secours d’urgence. En conséquence, le gouvernement a pu réagir immédiatement à la crise aux niveaux central et local sans avoir besoin de prêts nationaux ou étrangers.

En tant qu'une des économies les plus ouvertes du monde, le Vietnam a rapidement pris des mesures pour réduire les coûts logistiques pour les exportateurs. Photo: Internet

Deuxièmement, le commerce et la logistique. L'une des principales préoccupations du Vietnam est la baisse du commerce mondial en 2020 avec un taux prévu de l'Organisation mondiale du commerce de 15 à 30%.

En tant qu'une des économies les plus ouvertes du monde, le Vietnam a rapidement pris des mesures pour réduire les coûts logistiques pour les exportateurs et fournir des conseils sur la réduction des procédures administratives, la réduction ainsi que la simplification des procédures douanières et des autres procédures dans les grands centres de transport.

Troisièmement, l'économie numérique. L'économie numérique du Vietnam est encore à la traîne bien que le secteur des exportations soit dynamique. En réponse à la crise de COVID-19, le gouvernement a pris une série de réformes, à commencer par l'application des technologies numériques dans la prévention des maladies. Le Vietnam envisage également d'utiliser le paiement électronique pour toucher 2/3 des personnes qui ne disposent pas actuellement d'un compte bancaire.

Le Vietnam est toujours prêt aux pires situations tout en appliquant avec souplesse d'importantes réformes et en passant à un nouvel état normal.

La combinaison de prévoyance et de praticité appliquée pendant la crise de COVID-19 a connu un succès remarquable. "J'espère que l'expérience du Vietnam pourra être une leçon pour les pays qui ne sont pas bien préparés à cette crise", a déclaré l'expert de la Banque mondiale./.

CPV