Carte montrant les pays et territoires où des cas du virus chinois ont été confirmés le 29 janvier à 16h00 GMT. Photo: AFP


Vingt-six décès supplémentaires ont été enregistrés depuis mardi 28 janvier, ont annoncé le même jour les autorités sanitaires chinoises, faisant état au total de 132 morts et d'environ 6.000 cas confirmés de contamination en Chine continentale (hors Hong Kong - Chine). Un chiffre qui dépasse désormais le nombre - 5.327 - des malades du Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), un coronavirus qui avait fait en 2002-2003 un total de 774 morts, dont 349 sur le territoire chinois.

Parallèlement, la liste des pays touchés s'allonge, les derniers en date étant les Émirats arabes unis et la Finlande. "Le monde entier doit être en alerte, le monde entier doit agir", a déclaré mercredi 29 janvier de Genève, Michael Ryan, le directeur des programmes d'urgence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui tiendra jeudi 30 janvier une nouvelle réunion d'urgence. Celle-ci sera consacrée à "la question de savoir si l'épidémie actuelle constitue une urgence de santé publique de portée internationale", a expliqué le directeur général de cette organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à son retour de Pékin.

"La plupart des plus de 6.000 cas du nouveau coronavirus se trouvent en Chine - seulement 1%, soit 68 cas, ont été enregistrés à ce jour dans 15 autres pays. Mais une transmission interhumaine a été enregistrée dans trois pays en dehors de la Chine", à savoir l'Allemagne, le Vietnam et le Japon, a-t-il ajouté. De leur côté, une vingtaine d'États étrangers ont annoncé environ 80 cas confirmés au total sur leur sol, dont un cinquième mercredi 29 janvier en France.

Évacuations

Signe du durcissement des mesures de précaution au niveau international, des compagnies aériennes comme British Airways, l'Allemande Lufthansa et l'Indonésienne Lion Air, qui exploite la plus grande flotte aérienne d'Asie du Sud-Est, ont annoncé la suspension immédiate de tous leurs vols vers la Chine continentale.

Des compagnies aériennes dont l'Indonésienne Lion Air annonce la suspension immédiate de tous leurs vols vers la Chine continentale. Photo: AFP


Et ce après que plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, l'Allemagne et les Etats-Unis, y avaient déconseillé tout voyage. Hong Kong (Chine) a de son côté décidé de fermer six de ses 14 points de passage terrestre avec le reste de la Chine. Quant à la Russie, elle va fortement limiter ses liaisons ferroviaires avec ce pays à partir du 31 janvier, ne maintenant en service que la ligne Pékin - Moscou.

Dans le même temps, environ 200 Américains et 206 Japonais évacués de Wuhan sont arrivés mercredi 29 janvier respectivement en Californie et à Tokyo, tandis qu'un premier avion doit partir dans la soirée de France à destination de cette métropole et que les Canadiens en affrétaient un. "Nous ne pouvions plus circuler librement (...) Le nombre des malades a commencé à rapidement s'envoler à un certain point, c'était effrayant", a témoigné à son arrivée à Tokyo l'un des rapatriés japonais Takeo Aoyama, un salarié de Nippon Steel.

Données sur les virus, responsables de maladies parmi les plus dévastatrices de l'histoire. Photo: AFP


Wuhan, où le coronavirus est apparu en décembre, et la quasi-totalité de la province du Hubei dont elle est la capitale sont coupées du monde depuis jeudi 23 janvier par les autorités dans l'espoir d'endiguer l'épidémie, un cordon sanitaire qui concerne 56 millions d'habitants et quelques milliers d'étrangers. Près de 600 citoyens européens veulent aussi être évacués de Chine, a annoncé mercredi 29 janvier la Commission européenne.

Paris prévoit de ramener à bord de deux avions au moins 350 Européens, dont 250 Français. Et Berlin a annoncé l'évacuation de quelque 90 Allemands présents à Wuhan "dans les prochains jours". L'Australie, qui réfléchit également à une évacuation, envisage de placer ses ressortissants en quarantaine sur l'Île Christmas, dans l'océan Indien.

Incertitudes

Wuhan, où la circulation des véhicules non essentiels est interdite, gardait des allures de ville fantôme. "C'est le premier jour que je sors depuis le début du confinement. Pas d'autre choix : il fallait que j'achète à manger", a raconté un des rares piétons à s'aventurer dans les rues.

Des passagers en provenance de Chine attendent de passer les contrôles sanitaires à l'aéroport de Dar es Salaam, le 29 janvier en Tanzanie. Photo: AFP


Dans le reste de la Chine, où les congés du Nouvel an lunaire ont été prolongés jusqu'au 2 février, la plupart des habitants, effrayés, désertent centres commerciaux, cinémas et restaurants. À l'instar de plusieurs autres compétitions sportives (cyclisme, football, tennis), les épreuves de Coupe de monde de ski alpin prévues en Chine pour février ont été annulées et les Championnats du monde en salle d'athlétisme, qui devaient s'y dérouler à Nankin du 13 au 15 mars, ont été repoussés à 2021.

Alors que la recherche d'un vaccin - entamée en particulier en Chine et aux États-Unis - devrait prendre des mois, des scientifiques de l'Institut Doherty en Australie ont assuré être parvenus à répliquer en laboratoire le coronavirus, une étape jugée cruciale. Au-delà du secteur aérien, l'épidémie actuelle de pneumonies virales crée des incertitudes pour l'ensemble des perspectives économiques mondiales, a souligné mercredi 29 janvier le président de la Fed, la Banque centrale américaine, Jerome Powell. Un constat que font également les multinationales, des constructeurs automobiles aux sous-traitants informatiques en passant par l'industrie du luxe.

CPV/CVN/AFP