Un numéro de marionnettes sur l'eau du village de Rach présenté aux visiteurs.

 

Un village verdoyant entouré de champs luxuriants qui s’étendent à perte de vue. Les chemins vicinaux en béton emmènent aux maisons spacieuses nichées à l’ombre d’arbres et de bambous. Un village prospère où il fait bon vivre.

Situé à environ 5 km de la ville de Nam Dinh, Rach - autrement nommé Nam Chân -, dans la province de Nam Dinh, au Nord, est considéré comme l’un des berceaux de l’art des marionnettes sur l’eau.

Depuis des siècles, les villageois nourrissent une grande passion pour la fabrication de ces figurines et l’interprétation de cet art ancestral. Personne ne sait exactement quand elles sont apparues mais selon les personnes âgées, les marionnettes sur l’eau existent dans le village de Rach depuis des centaines d’années, de même que ses fameux homologues dans le Nord comme Nguyên Xá à Thái Binh, Nhân Hoà à Hai Phong ou Dào Thuc à Hanoï.

La riziculture séculaire ainsi que les us et coutumes de la campagne du Nord sont la source d’inspiration des artisans pour insuffler une âme à ces figurines et leur donner l’aspect le plus réel possible.

Une renommée séculaire
À travers le temps, la réputation de cet art traditionnel a dépassé les frontières du village pour résonner dans plusieurs localités et même d’autres pays. Auparavant, les représentations de marionnettes sur l’eau n’avaient lieu que lors d’occasions festives à Rach. Aujourd’hui, cet art folklorique s’est converti au tourisme et les villageois se concentrent sur la fabrication de marionnettes comme cadeaux souvenirs destinés aux visiteurs. Chaque année cependant, lors du 15e jour du 1e mois lunaire, les habitants organisent une fête villageoise où les numéros de marionnettes sur l’eau sont le clou du spectacle.

Selon le chef du Comité culturel du hameau, Phan Van Khê, la réputation du village en matière de son mài (laque poncée) et de sculpture sur bois des statues est largement assise, mais c’est surtout pour l’interprétation et la fabrication des marionnettes que les artisans de Rach ont acquis leurs lettres de noblesse. L’interprétation des numéros nécessite dextérité et souplesse tandis que la sculpture révèle le sens artistique et le goût esthétique de l’artisan qui, grâce à ses mains habiles, apporte sophistication à chaque détail.

Auparavant, les représentations des marionnettes sur l’eau ne se déroulaient qu’à la surface des étangs, mais en 1987, le village construit le thuy đình, un pavillon sur l’eau d’une superficie de 2.000 m².

L’artisan du village de Rach façonne une marionnette.


Si à certaines époques, le tourbillon de la vie a fait décliner la pratique de ce métier artisanal, la flamme de la passion et de l’enthousiasme ne s’est jamais éteinte et exalte la vitalité de cet art populaire. Les marionnettes sur l’eau revêtent ainsi un caractère tantôt moderne, tantôt classique avec notamment les pièces Lê Loi khoi nghia (Le soulèvement de Lê Loi) ou encore Trung Trac - Trung Nhi, Xay thóc gia gao (Broyer le paddy et piler le riz), etc.

La manne touristique
De nos jours, le vent du changement souffle sur presque tous les villages de métiers traditionnels du pays. L’art des marionnettes doit ainsi faire face à son déclin et relever de nombreux défis pour sa préservation et son adaptation aux temps présents.

L’artisan Phan Van Manh, issu d’une famille pratiquant cet art depuis sept générations, partage: "Maintenant, les loisirs modernes dominent le marché et peu de personnes, surtout parmi les plus jeunes, portent encore grand intérêt à cet art folklorique. Auparavant, une seule représentation nécessitait entre cinq et sept artistes, chacun recevant un cachet de 500.000 dôngs. Malgré cette perte d’engouement et même si la musique et les loisirs contemporains dominent le marché national, les artisans créent des ateliers de formation pour transmettre le métier".

L’accent est mis en particulier sur la manipulation des marionnettes et l’interprétation des classiques au service des touristes. Phan Van Triên, propriétaire d’un atelier de confection de marionnettes, précise: "Chaque mois, nous fabriquons environ 200 produits à la demande du client. Les revenus que nous tirons de ce métier ont considérablement augmenté".

Le village de Rach compte maintenant sept foyers fabriquant des marionnettes. Les habitants ont aujourd’hui adapté leurs produits pour répondre à la demande des touristes et des tour-opérateurs qui se sont alliés aux artisans pour développer des circuits à Rach. Leur art traditionnel a atteint sa consécration lorsque les artisans de Nam Chân ont été invités à exposer leurs créations et présenter leur savoir-faire au Musée d’ethnographie du Vietnam à Hanoï.

Bien que les services touristiques ne fleurissent que depuis quelques années, ils constituent un moyen efficace de protéger et conserver les valeurs techniques, historiques et humaines de ce métier. "Parmi l’abondance des programmes de découverte de la culture du Nord, les touristes portent toujours une attention particulière au village de Rach pour y découvrir l’art des marionnettes et les traditions séculaires de ses habitants", affirme Bùi Thi Nhàn, directrice exécutive de la compagnie Ecohost Vietnam.

Avec près de 1000 marionnettes et 40 spectacles différents, les artisans de Rach ne cessent de rénover leur art en s’adaptant à la modernisation de la musique nationale et en s’efforçant de protéger l’art traditionnel à travers le tourisme, cette "industrie sans fumée".

CPV/CVN