Journal canadien: VinFast ou l’ambition du Vietnam de s'affirmer à l’international

Vendredi, 22/04/2022 15:02
Le Devoir, l'un des journaux francophones les plus lus au Canada, a estimé que VinFast a trouvé une «opportunité en or» dans la révolution mondiale de la mobilité, contribuant à réaliser l'aspiration du Vietnam de s'affirmer à l'international.

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VinFast réalise une percée dans cette révolution qu'est la voiture électrique, selon Le Devoir. Photo: Zing

L’industrie automobile amorce une période de transition qui menace l’existence de constructeurs existants et qui promet l’émergence de nouveaux venus plus audacieux. Et si on les attendait de la Chine ou des États-Unis, c’est finalement du Vietnam que débarqueront au Canada les véhicules électriques qui incarnent le mieux cette petite révolution.

Tesla domine outrageusement le marché nord-américain des autos électriques pour une raison simple : les constructeurs nord-américains ne cessent de temporiser leurs propres plans d’électrification. Les marques chinoises NIO et BYD se concentrent, elles, sur leur propre marché intérieur.

Pendant ce temps, l’immense popularité des véhicules électriques et la volonté des États de mettre fin aux moteurs thermiques créent le contexte idéal pour des nouveaux venus désireux de chambouler l’ordre établi. C’est là qu’apparaît de façon totalement inattendue une marque venue du Vietnam : VinFast.

VinFast est la propriété du conglomérat Vingroup, lui-même dirigé par Pham Nhat Vuong, l’homme le plus riche du Vietnam. Sa fortune est évaluée à 6,4 milliards d'USD. C’est en Ukraine qu’il a connu son premier succès : il y vendait des nouilles instantanées «qui cuisaient plus vite que les autres». Nestlé a racheté son produit pour 150 millions USD en 2009.

Ce mythe du self-made-man sert bien Pham Nhat Vuong aujourd’hui. Il lui confère cette aura de visionnaire qui lui permet de tirer dans toutes les directions : Vingroup gère des dizaines d’immeubles commerciaux, industriels et résidentiels, des hôtels et des parcs d’attractions partout au Vietnam. Sa plus récente création est un quartier tout neuf en périphérie de la capitale, Hanoï, où il espère voir quelque 35 000 ménages s’établir et former une classe moyenne pour le moment très modeste, mais qui, selon les plans du gouvernement vietnamien, comptera 36 millions de personnes avant la fin de la décennie.

Dans Ocean Park — le nom de ce nouveau quartier —, cette classe moyenne aura un style de vie très occidental : de nombreux cafés offrant des espressos hors de prix et le wifi gratuit y côtoieront des boutiques de vêtements et d’accessoires de surf qui seraient plus à leur place à Malibu ou à Half Moon Bay.

Une université de classe mondiale y a également été érigée de toutes pièces sur un ancien marécage. Il ne manque que 50 000 étudiants — la capacité de cet énorme campus — désireux de se spécialiser en intelligence artificielle ou dans un autre champ scientifique au goût du jour pour que ce rêve d’une vie peut-être meilleure, mais certainement occidentale, devienne réalité.

Un rêve que compte bien réaliser Pham Nhat Vuong. « J’ai hâte qu’on s’en reparle dans dix ans », dit-il le plus sérieusement du monde.

Véhicules électriques

Il ne faudra pas dix ans pour que les Canadiens se familiarisent avec Vingroup. VinFast, sa division automobile née en 2017 et qui sera prête d’ici la fin 2022 à commercialiser des véhicules exclusivement électriques en Amérique du Nord et en Europe, embauche ces jours-ci massivement a mari usque ad mare. VinFast Canada emploie quelques dizaines de personnes à l’heure actuelle, mais on pourrait bientôt les compter par centaines. VinFast veut imiter Tesla et vendre directement aux consommateurs, sans concessionnaires indépendants.

Les voitures électriques VinFast sont produites dans une usine automatisée à 90%. Photo: Zing


Une première boutique ouvrira cet été près du Carrefour Laval. Les curieux pourront y voir le VF8 et le VF9, deux grosses familiales électriques coûtant respectivement 51 250 USD et 69 750 USD. Tous deux ont été dessinés par la prestigieuse firme italienne Pininfarina et seront assemblés par des robots allemands dernier cri dans une usine automatisée à 90 % qui a été érigée en toute hâte au cours des 21 derniers mois dans le nord du Vietnam.

La construction d’une nouvelle usine en Caroline du Nord a été annoncée conjointement avec le gouvernement américain. D’ici trois ans, VinFast promet un catalogue de cinq véhicules électriques qui seront produits à une cadence d’au moins 950 000 exemplaires par année.

Washington est très désireux d’attirer de tels investissements aux États-Unis. Le projet, d’une valeur de 4 milliards USD, sera financé en partie par une aide fédérale et en partie par l’inscription de VinFast à la Bourse de New York. Le constructeur espère récolter au moins 2 milliards d'USD de capitaux frais. « Ça va vite », concède Pham Nhat Vuong, laconique.

Pareil, pas pareil

VinFast se distingue des autres constructeurs de véhicules électriques en vendant ses véhicules, puis en louant la batterie. Les acheteurs paieront une mensualité pendant au moins trois ans, après quoi ils pourront acheter la batterie. Si sa capacité descend sous les 70 %, elle sera remplacée.

Chez nous, la Banque Royale va aider à financer ce modèle commercial nouveau genre. La RBC a envoyé des représentants au Vietnam début avril pour voir comment avance le développement des produits VinFast. Quelques prototypes du VF8 y ont été présentés à une soixantaine de journalistes spécialisés du Canada, des États-Unis et de l’Europe.

Des partenaires comme RBC sont vitaux pour Vingroup. Le conglomérat vietnamien veut recréer le succès industriel que le groupe sud-coréen Hyundai a mis 25 ans à accomplir, mais en moitié moins de temps. Il doit aussi prouver que le Vietnam est une économie émergente prête à récolter les fruits du virage énergétique que prendra ces prochaines années tout le transport — Vingroup produit aussi des autobus électriques, qu’il prévoit de vendre aux services nord-américains de transport collectif.

C’est tout un défi. C’est un rêve très ambitieux. Et si ce n’est pas tout à fait le rêve américain, c’est sans conteste le variant vietnamien de cet adage selon lequel tout est possible, à condition d’y croire./.

CPV/Le Devoir

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